Pressenza : Un nouveau modèle d’habitat participatif : rencontre avec la coopérative d’habitants toulousaine Abricoop

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Un nouveau modèle d’habitat participatif : rencontre avec la coopérative d’habitants toulousaine Abricoop

27.07.2020 – Toulouse, France – Olivier Flumian

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Un nouveau modèle d’habitat participatif : rencontre avec la coopérative d’habitants toulousaine Abricoop
Pose de la pergola sur le toit de l’immeuble (Crédit image : Abricoop)

Le modèle dominant actuel en ce qui concerne l’habitat se partage entre le statut de propriétaire et celui de locataire1. Il est de plus en plus difficile d’accéder à la propriété. Or, pour les locataires la part du loyer dans les dépenses du ménage ne cesse d’augmenter. De nouvelles formes d’habitat émergent depuis une quinzaine d’années alliant la recherche d’une nouvelle façon de vivre entre voisins, un nouveau type de rapport à son logement et une préoccupation sur l’impact environnemental de son habitat. On appelle cela l’habitat participatif. Il existe sous différentes formes dont celle des coopératives d’habitants.

Pressenza Toulouse a interviewé les membres d’Abricoop, une coopérative d’habitants créée dans le nouveau quartier toulousain de la Cartoucherie, sur une ancienne friche industrielle.

Une coopérative d’habitants, qu’est-ce que c’est ?

C’est un modèle nouveau en France. C’est ce qu’on appelle la troisième voie du logement. Aujourd’hui dans notre pays, on est soit propriétaire soit locataire. Or, dans une coopérative d’habitant on est à la fois propriétaire et locataire : on est propriétaire collectivement de la coopérative et locataire individuellement de son logement. La coopérative est une entreprise dans laquelle chaque membre apporte au moins une part sociale. La coopérative a été chargée de faire un emprunt pour faire construire l’habitat. Les membres du groupe sont chacun usager de l’habitat en payant un loyer à la coopérative afin de rembourser les emprunts et les charges de fonctionnement. Il s’agit donc d’un modèle mixte entre la propriété et la location.

Comment avez-vous financé votre projet ?

Le financement a coûté 2,6 millions d’euros tout compris, soit : l’achat du terrain 500.000 euros, le bâti 1,8 millions, les charges notariales et frais annexes 300 000 euros. Pour financer cela on a eu 700.000 euros d’apport des futurs habitants/coopérateurs. S’y ajoutent 1,3 millions d’emprunts conventionnés avec le Crédit coopératif et 400.000 euros avec la Carsat. C’est un organisme de retraite qui nous a prêté pour faire les logements adaptés aux personnes âgées. Enfin s’ajoutent à cela 200 000 euros de subvention, étant lauréat de l’appel à projet « batiments économes » (aujourd’hui « NoWatt ») de la région Occitanie et de l’Ademe.
Il y a 17 appartements habités par 23 adultes et une dizaine d’enfants. Les âges vont de 30 à 83 ans pour les adultes et de 0 à 12 ans pour les enfants.

Combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où est né le projet et le moment où le bâtiment a été construit ?

Quand on a lancé l’idée on a constitué une association, « La Jeune pousse » en 2007 puis on s’est mis a rechercher un terrain. C’est en 2012, en discutant avec la Mairie, qu’un foncier a été libéré pour faire de l’habitat participatif sur le site de la Cartoucherie. Il a fallu cinq ans de plus pour monter le projet, trouver l’architecte, écrire le programme architectural et enfin construire le bâtiment. Il a donc fallu 10 ans en tout, dans notre cas, car on a perdu du temps au début dans la recherche du terrain. Si tout se passe bien il faut compter entre 3 ans et 5 ans, une fois qu’on a le terrain.

C’est vous les futurs habitants/coopérateurs qui avez imaginé et conçu votre habitat. Est-ce que cela exige des compétences particulières ?

Aucun d’entre nous n’était professionnel du bâtiment. Nous nous sommes auto-formés. La dimension éducation populaire est au cœur de la démarche des coopératives d’habitants pour permettre au groupe et à chacun d’acquérir des compétences. On s’est basé sur un référentiel « habitat et environnement » pour élaborer le projet architectural. Ensuite on a discuté pour savoir où placer les priorités : il fallait choisir par exemple entre le confort acoustique, le confort visuel, la qualité de l’air intérieur, le choix des matériaux, etc. On a dû faire des choix car on ne pouvait pas choisir tous les critères en termes optimaux pour des raisons budgétaires. Les deux grandes priorités ont été mises sur l’isolation thermique et sur l’isolation acoustique parce qu’on voulait un immeuble faible en charges de chauffage ou de maintenance tout au long de sa durée de vie et un immeuble calme étant donné les grandes différences d’âge entre les occupants.

En terme de vivre ensemble cela vous a demandé une réflexion poussée pour élaborer des règles de vie communes ? Comment gérez-vous par exemple les conflits ?

D’abord on a défini un certain nombre d’espaces partagés, ce qui n’existe pas dans les immeubles classiques. On a une salle commune pour se rencontrer, travailler ou faire la fête ensemble. Cela contribue beaucoup au vivre ensemble et aide à entretenir la confiance entre voisins.
Pour les conflits on utilise des règles sociocratiques pour que les réunions se déroulent dans la bienveillance, comme la gestion par consentement ou des rôles différents assignés à chacun. On a aussi des « gardiens de la bienveillance » qui sont des personnes référentes qui tournent et qu’on peut solliciter s’il y a un conflit. Elles nous écoutent et si nous le souhaitons peuvent nous aider à régler les problèmes. Ces « gardiens » sont des membres de la coopérative élus pour un mandat limité dans le temps. Dans les cas extrêmes on peut faire appel à des intervenants extérieurs même si cela ne nous est encore jamais arrivé. Ce qui est important c’est d’identifier les tensions et d’anticiper une action avant l’éclatement du conflit.

Comment la coopérative s’insère-t-elle dans le quartier environnant ?

Le bâtiment d’Abricoop est entouré par trois immeubles construits par un bailleur et gérés en habitat participatif. Nous partageons avec ces autres immeubles des espaces communs ( différents de ceux propres à la coopérative ) et des moments conviviaux tels que des soirées jeux. Cela crée entre les habitants des quatre immeubles une dynamique qui donne envie de faire vivre le quartier. Chacun est libre bien-sûr de participer ou pas.

Les coopératives d’habitant peuvent-elles être un modèle à reproduire ?

La coopérative d’habitant est une des formes de l’habitat participatif. L’habitat participatif de manière générale permet de favoriser le vivre ensemble. C’est génial pour ça. Mais la coopérative d’habitant permet en plus plusieurs choses. D’abord c’est que le fait qu’on soit beaucoup plus en autogestion sur la conception, le fonctionnement, etc nous responsabilise et les thématiques de gouvernance partagée, de démocratie, d’éducation populaire, le fait de se former ensemble va beaucoup plus loin que dans l’habitat participatif classique. Ensuite et surtout le modèle de la coopérative interdit la spéculation immobilière et autorise une vraie mixité sociale qu’on ne retrouve pas toujours ailleurs dans le participatif. Ainsi il y a une vraie solidarité entre nous sur les loyers parce que comme nous sommes à la fois propriétaire et locataire nous pouvons adapter les loyers non seulement en fonction de la taille du logement mais aussi en fonction des revenues et de la composition familiale des foyers. On a financé 12 appartements sur 17 avec un prêt locatif social (PLS) qui est un prêt conventionné, c’est à dire accordé à un taux intéressant, avec comme contrepartie l’obligation d’y mettre des ménages avec un revenu correspondant à ceux du logement social. Les personnes concernées doivent quant à elles évidemment se retrouver dans les valeurs et la démarche du projet Abricoop. Je pense donc que les coopératives d’habitants peuvent devenir un modèle inspirant pour répondre aux défis démocratiques, écologiques et sociaux.

Préparation de Noël dans la salle commune

1- En France métropolitaine, 58 % des ménages sont propriétaires de leur logement et 36 % sont locataires.

Une coopérative d’habitants achète un château dans le Gers – Postivr et Oxytanie

L’habitat coopératif peut prendre des formes variées. À L’Isle-Jourdain, une dizaine de familles vient d’acquérir un château. Découverte avec Oxytanie.

Oxytanie

Partenaire Oxytanie sur POSITIVR
Cet article vous est proposé en partenariat avec Oxytanie. POSITIVR soutient le journalisme de solutions. – Je m’abonne au magazine Oxytanie

Le château de Panat, dans le Gers, a été racheté par une coopérative d’habitant. Dedans vivent au total quatorze familles. Un reportage à découvrir dans le magazine Oxytanie.

Une imposante bâtisse de 1 500 m2, plus d’une soixantaine de pièces, une tour carrée, un donjon, des tourelles, des gargouilles, un grand escalier en bois derrière lequel se trouve la coursive… « C’est là que passaient les domestiques », précise Armelle en faisant la visite. Tout y est. « Ça part un peu dans tous les sens, sourit-elle. Il y a des parties médiévales, d’autres Renaissance… C’est au goût du XIXe siècle ! » Le marquis et la marquise de Panat, qui ont fait bâtir ce château en plein cœur de L’Isle-Jourdain, en 1880, y ont rassemblé des éléments rappelant leurs souvenirs de voyage, lui donnant une architecture assez délirante et au final, un charme unique.

Les derniers propriétaires, une famille de Floride, venaient seulement une fois par an et n’en occupaient qu’une infime partie. Cela ne va pas durer. S’ils ne sont que quelques-uns à s’être installés en septembre dernier, à terme une trentaine de personnes va vivre au château. Il va être totalement transformé en quatorze logements, du T1 au T5.

Moment convivial sur la magnifique terrasse. En attendant que les logements soient prêts, il n’y a qu’une seule cuisine au château. Une colocation qui doit durer encore une petite année. Photo Julien Rougny/Oxytanie

Un dédale de couloirs et de portes dérobées

Avec Alain, son compagnon, Armelle s’est installée provisoirement dans une chambre lumineuse au premier étage, dans l’aile droite. On y parvient par un dédale de couloirs et des portes dérobées. À force d’arpenter les lieux pour relever les plans des futurs appartements, elle en connaît les moindres recoins. « On en fait des kilomètres ! » Pour l’instant, les habitants partagent une cuisine commune. « On est en mode chantier, c’est un peu la colocation. Mais ensuite, tout le monde sera autonome. Chacun chez soi. »

Dans quelques mois ils l’espèrent, Armelle et Alain devraient s’installer dans leur appartement, au rez-de-chaussée, dans l’aile opposée. Il faudra encore compter une année pour les finitions. Les deux plus grandes salles, la salle à manger et la bibliothèque, seront conservées pour en faire des espaces communs, en plus de l’atelier, de la laverie, des chambres d’amis et d’un espace associatif ouvert sur l’extérieur.

Pour l’instant, c’est dans la bibliothèque que les nouveaux habitants aiment se retrouver. Si les lustres éclatants et une partie du mobilier ancien ont été vendus, la pièce a gardé tout son cachet avec ses étagères qui montent jusqu’au plafond, ses boiseries sombres, son large vitrail et ses multiples entrées. Quand ils ne glissent pas sur les larges planchers des salles de réception, les deux premiers enfants qui habitent au château, Milena et Corto, aiment aussi jouer sur ses épais tapis un peu désuets. « Quand on vivait à Paris, on ne connaissait jamais nos voisins, confie leur maman, Marie. Ici on veut retrouver l’ambiance village tout en restant autonome. C’est un peu comme un immeuble vivant, avec des gens qui se parlent et des parties communes un peu plus importantes. » La petite famille s’est installée provisoirement dans un logement au rez-de-chaussée, avec accès direct à la cour, où vient d’être installé un poulailler.

La bibliothèque est la plus grande pièce du château, impressionnante et chaleureuse avec ses boiseries et ses vitraux qui laissent peu filtrer la lumière. Comme la salle de réunion attenante où les habitants se réunissent pour des réunions de travail ou des moments festifs, elle va rester en l’état. Photo Julien Rougny / Oxytanie

« Quand on vivait à Paris, on ne connaissait jamais nos voisins. Ici on veut retrouver l’ambiance village tout en restant autonomes. C’est un peu comme un immeuble vivant, avec des gens qui se parlent et des parties communes un peu plus importantes. »

Si les coopératives d’habitants sont encore peu nombreuses en France (huit en fonctionnement, une soixantaine en travaux ou en projet), Alter Habitat Lislois est sûrement la seule à s’être installée dans un château. Il faut dire qu’on est loin du projet initial d’auto-construction en terre-paille imaginé par l’association depuis 2011 ! « La municipalité nous a proposé un terrain à l’extérieur de la ville mais ça traînait, rien n’avançait, explique Marie. L’attente était dure, ça a fragilisé le groupe, certains sont partis, d’autres sont arrivés. On a réfléchi à des plans B, individuels et collectifs, mais on se voyait difficilement aller ailleurs, on ne voulait pas partir de L’Isle-Jourdain. Et puis en janvier dernier, on a appris que le château de Panat était à vendre. On ne s’était jamais projetés ici mais c’était un bien hyper rare, qui correspondait à ce qu’on recherchait. Trois jours après, on faisait une offre d’achat au prix sans même l’avoir visité. » En mai, ils signaient le compromis de vente ; et en septembre, les premiers habitants s’installaient.

Ils paient un loyer selon leur revenu

Outre sa localisation, le château a plusieurs avantages : toute une partie est déjà habitable et surtout, le bâtiment n’est pas classé. Les anciens propriétaires avaient même refait les toitures. Quand on connaît la valeur du bien, cela représente une sacrée économie. Coût total du projet : 1,5 million d’euros, soit 1 million pour le bâtiment et 500 000 euros de travaux. Pour porter le futur emprunt, les travaux et l’exploitation du château, les habitants ont créé une société coopérative, chacun participant selon ses moyens par l’achat de parts sociales. Mais avec plusieurs centaines de milliers d’euros ainsi réunis, ils ne s’attendaient pas à rencontrer une telle frilosité chez les banques. « On les a toutes vues ! Il suffisait de dire le mot château ou le mot coopérative, et c’était un non catégorique. Il a fallu un nouvel apport extérieur pour débloquer la situation, explique Marie. On n’a pu compter que sur nous, on n’a eu droit à aucune aide*. L’habitat participatif est encore assez récent et ne rentre dans aucune case. Alors qu’au final on remplit pleins de critères : on fait de la réhabilitation, du logement social, on redensifie le centre-ville… » Par ailleurs, le modèle de coopérative d’habitants empêche toute spéculation immobilière à la revente. Autre particularité du projet : « Nous sommes sûrement la seule coopérative locative de France, ajoute Armelle. Nous ne sommes pas propriétaires de notre logement mais on a un droit d’usage et on paie un loyer, fixé en fonction du revenu et de la composition du foyer, comme dans le logement social. Ça signifie par exemple que quand les enfants sont grands, on peut déménager pour un appartement plus petit. »

Au pied de la tour carrée, la verrière va rester en l’état. « On devrait simplement y mettre un fauteuil et quelques plantes cet hiver », confie Armelle, qui aime venir là se ressourcer et chanter, comme d’autres membres du groupe, car l’acoustique y est exceptionnelle. Photo Julien Rougny/Oxytanie

« On a fait au plus pratique. On est partis des salles de bains et toilettes – il y en a une dizaine – puis on a imaginé les logements entre les gros murs. Certains T2 font 50 m2, d’autres 70 m2. L’objectif, c’est de s’adapter le plus possible à l’existant pour limiter les travaux. Ça donne des logements très différents, mais chacun avec ses avantages et ses inconvénients. »

Les habitants ont également réservé un des futurs appartements pour une association d’insertion par le logement. « On ne s’est pas connus parce qu’on était des amis mais par des valeurs communes, continue la jeune retraitée. La solidarité est au cœur du projet. Pour nous, il est important que tout le monde trouve sa place, quelles que soient ses capacités financières. »

S’adapter à l’existant

Mais comment aménager des logements dans un château du XIXe siècle ? « On a fait au plus pratique. On est partis des salles de bains et toilettes – il y en a une dizaine – puis on a imaginé les logements entre les gros murs. Certains T2 font 50 m2, d’autres 70 m2. L’objectif, c’est de s’adapter le plus possible à l’existant pour limiter les travaux. Ça donne des logements très différents, mais chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Tout le monde a choisi celui qui lui convenait en bonne intelligence. »
Si le bâtiment existant en brique et en bois est globalement en bon état, les travaux sont conséquents : il faut également isoler les toitures, installer une chaudière performante dans une nouvelle chaufferie au pied de la tour, remplacer une partie des fenêtres, etc. Avec un maître-mot : sobriété économique et énergétique. Des filières locales et des matériaux écologiques (bois, fibres végétales, enduits en terre), et pour limiter les coûts, de l’auto-rénovation : les habitants assurent la plus grosse partie des travaux eux-mêmes.

Toutes les décisions importantes sont prises en commun, dans différentes commissions. « Moi qui suis une des plus âgées, ça me permet de rester jeune ! », confie Christine, qui aime vivre dans cette « ruche ». « Au départ, j’étais réticente. En plus, il y a château et château… Et celui-là est un vrai château ! Mais j’ai accepté pour le groupe. Et au final je ne le regrette pas, je commence même à me sentir à la maison. » Pareil pour Michel et Marie-France, qui viennent de Pau. Ils ont été les premiers à dormir ici, non sans appréhension. « On s’est dit, est-ce qu’on va être à l’aise ? Est-ce qu’on ne va pas avoir froid ? En fait, c’est très agréable de vivre ici, c’est très chaleureux », glisse Marie-France en s’attelant à la préparation du repas dans la cuisine commune. L’habitat participatif, « si ça n’est pas bâti sur du solide, ça ne marche pas », fait remarquer son époux.
Loin d’être les utopistes que les personnes de l’extérieur s’imaginent parfois, les nouveaux châtelains ne ménagent pas leurs efforts pour inventer de nouvelles façons de vivre ensemble. « C’est un peu comme quand on marche en montagne, note Marie-France. On croit arriver au sommet mais quand on s’approche on se rend compte qu’il est encore loin derrière et qu’avant de l’atteindre il va encore falloir grimper une nouvelle colline. »

* Précisons que l’association a reçu le soutien de la Fondation de France et, grâce à la plateforme Les Petites Pierres, va pouvoir financer un élévateur qui permettra de rendre les parties communes accessibles aux personnes à mobilité réduite.

La Dépêche : Toulouse. Architecture : sept projets haut-garonnais retenus pour le prix public Occitanie

l’essentiel7 des 11 projets en lice pour le prix public Occitanie d’architecture 2019 qui sera remis le 18 octobre à la Cour Baragnon à Toulouse sont des réalisations du département.

https://www.ladepeche.fr/2019/10/14/architecture-sept-projets-haut-garonnais-retenus-pour-le-prix-public-occitanie,8478411.php

BOUDU : Abricoop : vivre l’utopie coopérative

Abricoop : vivre l’utopie coopérative

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

A retrouver sur http://www.boudulemag.com/2019/04/abricoop-vivre-lutopie-cooperative/

Il y a tout juste un an, la trentaine de pionniers d’Abricoop emménageait enfin à la Cartoucherie, dans l’immeuble dont elle avait tant rêvé : un bâtiment pensé et géré par leur coopérative d’habitants. Et la concrétisation de dix ans d’espoirs et de coups durs pour donner naissance à l’un des premiers habitats coopératifs de France. Pendant douze mois, Boudu s’est invité aux réunions, aux inaugurations, aux barbecues et aux apéros pour voir si la vie quotidienne était à la hauteur de l’utopie. Retour sur un an de tableurs Excel, de joies, d’anicroches, de sobriété heureuse et de consensus mou.

En ce samedi de fin mai, les 4 Vents ont pris des airs de fête de village. Au pied des quatre immeubles flambant neufs posés autour d’une grande pelouse, les fanions colorés dansent au gré des rafales, et les enfants batifolent. Dans cet îlot participatif du quartier de la Cartoucherie, à deux pas du Zénith, c’est journée portes ouvertes. Ce jour-là plus de 200 personnes défileront pour visiter cette copropriété atypique.

Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie, un effort de la part de tous. Et plus les sujets sont compliqués, plus il faut prendre le temps d’en discuter.

Voulu par Toulouse Métropole en 2013 et livré par le Groupe des Chalets en mars 2018, les 4 Vents sont le plus grand projet participatif en France (89 logements – 1485m2). Tous les habitants, locataires ou propriétaires, y partagent notamment des espaces communs : atelier, salle de musique… Au sein de cet ensemble, l’immeuble d’Abricoop va plus loin : il est coopératif. Les 17 appartements et les espaces communs appartiennent et sont gérés collectivement par une coopérative de 23 habitants qui planchent sur ce projet depuis 2008. Le bâtiment a été conçu avec une architecte selon leurs besoins, et les Abricoopains gérent ensemble leur immeuble, l’objectif étant d’établir un modèle non spéculatif pour une juste répartition des dépenses.

Les habitants arrivent avec un apport variable (aujourd’hui de 1000 à 100 000 euros), qu’ils transforment en parts sociales de la coopérative. Ils paient ensuite une redevance mensuelle pour rembourser l’emprunt contracté par la coopérative, et couvrir les frais de fonctionnement de l’immeuble. Ce loyer est calculé en fonction des moyens de chacun, de 7 à 14 euros le mètre carré. Si un habitant part ou décède, ses parts ne sont pas cessibles. Elles sont rachetées par la coopérative sans plus-value, et revendues au même prix à un nouvel arrivant coopté par les habitants. Aucune possibilité de transmission aux héritiers. Aucune possibilité de spéculation. Abricoop est pionnier en France. Et l’un des rares projets du genre à avoir vu le jour. La faute à la lenteur de ce type d’initiatives, aux obstacles administratifs, aux retards dans les travaux et aux rapports humains parfois difficiles. D’ailleurs, plusieurs fondateurs d’Abricoop ont quitté le projet. « Des années assez chaudes ! On a tremblé jusqu’à la fin ! », souligne Pierre Négrel, l’un des Abricoopains.

Mais le projet a finalement vu le jour, et en ce matin de mai, Pierre joue les guides. Les visiteurs ont fait le déplacement depuis la France entière. Beaucoup sont déjà engagés dans un projet coopératif et viennent ici en quête d’inspiration. Pierre commence la visite par les espaces partagés, conçus pour libérer de l’espace dans les appartements et en réduire la surface et le coût. Avec sa cuisine, sa longue table et ses canapés confortables, la salle commune accueille les soirées cinéma et jeux de société, les réunions, les anniversaires et les repas avec la famille et les amis pour ceux dont l’appartement est trop petit. Toujours dans l’optique d’optimiser les appartements, les Abricoopains partagent aussi trois chambres d’amis, un espace de stockage, deux grands congélateurs, une buanderie, et un toit-terrasse à la vue panoramique sur le quartier, taillé pour les soirées barbecue.

Une volée de marches plus bas, les visiteurs finissent le tour du propriétaire par l’appartement de Pierre, un T3 traversant de 55m2 avec vue imprenable sur le Zénith. Une odeur de neuf et de peinture flotte dans l’air. Le petit groupe repart conquis, décidé à mener à bien ses propres projets.

Utopie Concrète

Un mois plus tard, l’autan a laissé place à une chaleur écrasante. Les habitants sont en tenue décontractée. Le gratin en costume a tombé la veste. Le ruban est coupé, et les immeubles officiellement inaugurés. L’appartement de Pierre Négrel est, une fois de plus, plein à craquer. Les discours officiels saluent le caractère innovant des 4 Vents. Jean-Luc Moudenc y voit « une solution pour concilier les contingences économiques et l’humanisme dans une société qui met en opposition l’économie et le social », et qualifie les habitants de « pionniers ». Au micro, les Abricoopains y voient, eux, « la réalisation d’une utopie concrète ».

Pour beaucoup d’entre eux, emménager ici, c’est un changement de vie. Presque un nouveau projet de société : « Comme beaucoup ici, on est plutôt à gauche. Avec ce projet on peut sortir de la spéculation financière et du capitalisme, et créer quelque chose qui durera longtemps après nous », explique Marie-Ange Amiel, orthophoniste de 63 ans, qui a été la dernière à rejoindre Abricoop avec son mari, Patrick. Le couple, qui roulait au GPL et mangeait bio « quand tout le monde s’en foutait », a vendu sa maison de Villefranche-de-Lauragais pour rejoindre le projet. « C’est aussi une façon de ne pas vieillir seuls », confient-ils.

C’est également l’une des raisons qui ont convaincu Jean Grandin, 82 ans et doyen de l’immeuble. Ancien ingénieur au ministère de l’Agriculture, il a planché sur plusieurs projets d’habitats participatifs intergénérationnels. Mais en dehors d’une maison de vacances qu’il partage avec huit amis depuis 1996, celui-ci est le seul à avoir abouti. Pour lui aussi, il s’agit de repenser les schémas en vigueur dans notre société. « Aujourd’hui, le grand rêve, c’est d’être propriétaire et de léguer son bien à ses enfants. Mais dans une société où tout le monde bouge, ça n’a plus aucun sens ! »

Pour d’autres, ce modèle d’habitat a permis d’accéder à un logement plus grand et mieux conçu que ce qu’ils auraient pu s’offrir dans le parc immobilier classique. Ou de retrouver une solidarité et des relations humaines devenues de plus en plus rares dans les copropriétés traditionnelles : « On était frustrés de ne pas avoir de relations avec nos voisins. Ici, il y a un aspect humain très fort qui nous convient parfaitement », assure Élodie Vollet, ingénieure chez Airbus (« il en fallait bien une dans le lot ! »), qui vit là avec son compagnon et ses trois jeunes garçons.

Loyer de la discorde

Septembre 2018. L’été touche à sa fin et avec lui la saison des barbecues sur le toit-terrasse. Six mois après l’emménagement, dans la salle commune, des jeux de société et des livres pour enfants remplissent désormais les étagères. On a bricolé un bar en caisses de vin, et de la vaisselle sèche sur l’évier. Il est 20 heures. La bouilloire chauffe pour la tisane pendant que tous s’installent face à l’écran de projection. Ce soir pas de film, mais un tableur Excel. On va discuter du sujet qui fâche. Trois fois par mois, les Abricoopains se retrouvent pour échanger autour des gros problèmes et des petits pépins.  Ce soir-là, il est question des loyers. Fixés en fonction des revenus de chacun, ils doivent couvrir les frais mensuels de la coopérative. Mais depuis les premiers calculs, les revenus et situations familiales de certains foyers ont évolué (naissances, départs à la retraite, perte d’emploi). De quoi rebattre les cartes puisque pour payer tous les frais, la baisse du loyer de certains entraînera une hausse pour d’autres. Alors faut-il réviser les redevances ? Sur quels critères ? Jusqu’où chacun est-il prêt à aller pour le bien de la communauté ? Le sujet, sensible, a déjà poussé un couple à quitter le projet, et échauffe régulièrement les esprits les plus apaisés. Sur le fichier Excel, les revenus annuels des ménages et le montant de leur loyer (de 360 à 1070€) s’affichent aux yeux de tous. Selon les premières pistes de travail, les changements de situation pourraient faire varier les loyers de -50€ à +60€ mensuels. Les visages se crispent. « Je ne pensais pas qu’on allait se retrouver devant un tableau Excel. Je pensais qu’on allait parler de valeurs ! ». Un tour de table houleux se lance en même temps qu’une deuxième tournée de tisane. Certains prônent la solidarité, d’autres défendent l’équité. Aux « Ça me gêne qu’on parte du principe que tout le monde acceptera de payer plus à chaque fois qu’on le lui demandera », répondent des « Ça me chagrine de payer moins. Il y aurait un peu plus de solidarité que ce ne serait pas plus con, non ? ». Le débat piétine.  « Il y a des sujets comme ceux-là sur lesquels il est difficile de se mettre d’accord parce que ce sont des valeurs qui s’opposent. Et personne n’a tort ou raison », analyse Sylvain Guignard, ingénieur en reconversion.

Même s’il est tard, pas question de se coucher avant un dernier tour de table pour faire un point sur le ressenti de chacun. Certains sont rassurés par le ton « plus ouvert et constructif » des discussions, et font « confiance à l’intelligence collective du groupe ». D’autre se disent « en colère », ou « inquiets de devoir trouver un consensus avec des opinions qui divergent tellement ». « On ne pourra pas trouver mieux qu’un système de solidarité à 60 millions de personnes. On peut essayer de repenser les modèles, mais pas forcément tout, tout le temps », glisse un autre. Avant qu’un dernier conclue par une forme d’avertissement : « S’il y a des gens pour lesquels certaines choses sont intenables, il faudra partir. Ça se voit dans tous les projets d’habitats participatifs ». À 23h20, il n’y a plus de tisane, il est temps d’aller se coucher. Rendez-vous est donné la semaine suivante pour poursuivre la discussion.  « Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie et un effort de la part de tous pour faire évoluer les points de vue. Surtout sur des sujets comme ceux-là qui touchent à l’intime, au rapport à l’argent », observe élodie.

Tensions et tartes aux légumes

Quelques jours plus tard, le groupe est à nouveau réuni dans la salle commune. Exit la tisane et l’ambiance lourde, place aux tartes aux légumes et aux jus de fruits bio. Les enfants courent et, en petits groupes, on discute de l’insouciance de la jeunesse, du nucléaire et de l’écologie tendance De Rugy. Ce soir, LE sujet de la discorde n’est pas à l’ordre du jour. Une fois par mois, pour évacuer les tensions et régler rapidement les petits problèmes de la vie courante, les Abricoopains se réunissent pour échanger. On y souligne les raisons de se réjouir : les voisins qui dépannent, la joie de voir les enfants jouer devant chez soi, la nouvelle pergola pour la terrasse, la carte d’anniversaire signée par les voisins, le nouveau salon de thé qui a ouvert pas loin. Puis on partage mécontentements et inquiétudes : les sanitaires et les draps de la chambre d’amis qu’il faudrait nettoyer après le passage de ses invités, la poignée de la chambre qui ne marche plus, les voisins qui ne s’impliquent pas assez, la saleté du quartier, les discussions WhatsApp qui laissent les aînés sur le carreau et leur font rater des apéros, la nécessité d’inclure davantage les autres habitants des 4 Vents… Dans la foulée, on prend des décisions pour résoudre au plus vite les problèmes courants qui sont évacués en quelques instants.

Mais en fin de soirée, LE sujet, toujours sous-jacent, ressurgit dans la bouche de Jean. « Abricoop nage dans un océan de louanges parce qu’on a réussi à construire le bâtiment. On vient nous voir, on nous adule. Et pourtant, on n’arrive pas à se mettre d’accord sur des points essentiels comme la redevance. Je suis alarmé par le fait qu’il n’y ait pas de pilote dans l’avion, et que ce soit le consensus mou qui fasse office de décision. C’est bien de parler du passé. C’est mieux de bien parler du futur ! ». Il est 22h15, la séance est levée.

Aucun regret

Janvier 2019. Dans les appartements, les odeurs de peinture se sont dissipées et les derniers cartons vidés. Le débat sur les loyers, lui, n’est pas encore réglé. Pas de quoi entamer l’enthousiasme des Abricoopains. Aucun ne regrette d’avoir embarqué dans cette aventure à part. « Nous ne sommes pas tous amis, mais il y a une relation très spéciale, solidaire et bienveillante. Pendant les réunions, c’est parfois le pire de chacun qui ressort. Mais quand je rentre dans l’immeuble, j’ai d’abord le sentiment de rentrer chez nous, avant de rentrer chez moi », souligne Marie-Ange. Avec son mari, à l’approche de la retraite, et malgré la réticence de leurs enfants, ils ne regrettent pas d’avoir quitté leur grande maison pour emménager dans un appartement bien plus petit et dépouillé. « On ne pouvait rêver meilleure retraite : une retraite sur le chemin de l’anticapitalisme, de la solidarité, de l’écologie. »

De leur côté, Élodie, Stéphane et leurs trois enfants ont trouvé la chaleur humaine et la solidarité qui leur manquaient tant : « Les enfants vont jouer les uns chez les autres. On trouve toujours un voisin pour les garder quand on va faire une course ou qu’on sort, et on trouve toujours une façon de rendre service à notre tour. » L’expérience a aussi eu des effets imprévus sur leur façon de voir les choses.  « Là où autrefois on faisait des choix de vie sans vraiment se demander pourquoi,  aujourd’hui, en étant confrontés à d’autres points de vue, on s’interroge davantage sur nos décisions et nos positionnements ». En discutant avec d’autres habitants, le couple a ainsi renoncé à mettre ses enfants dans une école alternative et les a inscrits à l’école publique, de l’autre côté de la rue. « Pour faire changer le modèle dominant sans se mettre en marge », sourit Elodie avant de s’éclipser pour aller préparer la salle commune avant l’anniversaire de son fils.

Abricoop a aussi bouleversé les projets professionnels de plusieurs habitants, aujourd’hui en reconversion pour mener des projets coopératifs, collaboratifs, ou solidaires. Comme Sylvain, qui cherche à se reconvertir dans l’économie sociale et solidaire : « Mais je suis face à un paradoxe. Aujourd’hui, nous avons de hauts revenus donc notre loyer est élevé. Ce qui est normal. Mais si on veut aller vers une sobriété heureuse et que l’on baisse nos revenus, ça aura un impact négatif sur les redevances des autres habitants. Et je ne veux pas être un poids pour le reste du groupe. »

Jean a lui aussi quelques inquiétudes. « C’est une résidence où il est extrêmement agréable de vivre. Ensemble, nous avons pris des décisions héroïques. On se connaît très bien alors la vie est facile. Mais le futur incertain m’interpelle. On discute à perte de vue et rien n’avance. Mais on ne peut pas vivre au jour le jour. Si rien n’est décidé, on prend des risques pour les finances du futur. » Malgré l’avertissement de Jean, Sylvain n’est pas inquiet. « Oui, il y a encore du boulot. Mais ça va devenir de plus en plus fluide. En Suisse, j’ai visité une coopérative où il n’y a plus besoin que d’une réunion tous les 6 mois. Il nous faut juste un peu de temps. »

 

Le Figaro Particulier : Vous laisserez-vous tenter par l’habitat participatif ?

L’habitat participatif offre plus qu’un logement

Votre résidence n’a pas d’âme. Vous regrettez de ne pas connaître les autres occupants de votre immeuble. Vous souffrez du manque de lien social. Pourquoi ne pas vous associer entre amis pour concevoir un cadre de vie commun ?

Vous entendez habitat participatif et vous pensez « bobo » parisien ou soixante-huitard ? Vous n’y êtes pas ! En vogue depuis plusieurs décennies dans les pays d’Europe du Nord, comme l’Allemagne ou la Suède, le concept gagne l’Hexagone où il séduit différentes tranches d’âge et catégories sociales. L’idée est séduisante : se réunir entre amis ou connaissances ayant les mêmes affinités pour trouver un terrain, concevoir les logements en les adaptant aux envies et besoins de chacun, et imaginer une manière de vivre autrement, en recréant du lien social. Découvrez cette opération d’un nouveau genre.

Retrouvez l’article en ligne : http://leparticulier.lefigaro.fr/article/l-habitat-participatif-offre-plus-qu-un-logement/

 

La Gazette des communes : Avec ce programme immobilier, l’habitat participatif prend de l’envergure

https://www.lagazettedescommunes.com/596906/avec-ce-programme-immobilier-lhabitat-participatif-prend-de-lenvergure/

Publié le 21/12/2018 • Par Rouja Lazarova • dans : Innovations et Territoires, Régions

Abricoop-Toulouse-Habitat-participatif
Seuil architecture/Photo Stéphane Brugidou

Dans le cadre de l’aménagement de la ZAC de La Cartoucherie, la métropole de Toulouse souhaitait innover en matière de logement et privilégier l’habitat participatif. Une démarche pensée pour ses habitants, désireux de concevoir leur logement, de partager un projet de vie et des valeurs communes, mais aussi pour la collectivité. Un îlot a été réservé dans la ZAC pour l’habitat participatif et un appel à projets a été lancé, auquel ont répondu une coopérative et des habitants.

 

[Toulouse métropole (Haute-Garonne) 37 communes • 755 900 hab.] C’est la plus grande opération d’habitat participatif en France. Sur un îlot de la zone d’aménagement concerté (ZAC) de La Cartoucherie, à Toulouse, labellisée « Ecoquartier » en décembre 2017, 89 logements sont répartis dans quatre immeubles. Ils ont été livrés au printemps 2018 et sont le fruit d’un long processus de sensibilisation et de programmation.

« Nous avons commencé à échanger avec les élus au sujet de l’habitat participatif dès 2008, et les avons convaincus d’introduire cette forme innovante dans le quartier en devenir de La Cartoucherie. Entre 2011 et 2013, nous avons conseillé l’aménageur, Oppidea [la société d’économie mixte de Toulouse métropole, ndlr], sur la façon d’importer ce type d’habitat dans la ZAC », se souvient Stéphane Gruet, directeur général « coordination et développement » de la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) Faire-ville. En 2013, un groupe d’habitants – qui deviendra un an plus tard la coopérative d’habitants Abricoop – participe à l’appel à projets pour 17 logements au sein de l’un des quatre immeubles. Pour les trois autres, la SCIC Faire-ville commence à organiser des réunions avec des citoyens désireux de se lancer dans l’aventure. « Nous avons invité des familles pour leur expliquer la méthode participative et leur proposer de se constituer en groupes, en fonction de leurs affinités ou de leur programme », relate Stéphane Gruet.

Grande mixité sociale

L’architecte a été choisi après concertation, puis la conception des bâtiments, des espaces communs et de chacun des appartements a été réalisée. « La phase d’élaboration a pris du temps. Il fallait apprendre aux familles à se connaître et à définir ensemble leur projet. Le groupe était trop grand. La taille idéale serait de 30 à 40 logements. En revanche, cela nous a permis de gagner du temps sur la phase de commercialisation », confie Jean-Paul Coltat, directeur du groupe HLM des Chalets, maître d’ouvrage des trois immeubles et assistant à la maîtrise d’ouvrage pour la coopérative Abricoop.

Actu.fr Toulouse. Dans les coulisses du plus gros projet d’habitat participatif de France

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Toulouse. Dans les coulisses du plus gros projet d’habitat participatif de France

Mercredi 20 juin, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a inauguré le plus gros projet d’habitat participatif de France, dans le quartier de la Cartoucherie. Visite guidée.

Le projet d'habitat participatif de la Cartoucherie est le plus important de France.
Le projet d’habitat participatif de la Cartoucherie est le plus important de France. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

L’habitat participatif, c’est comme le bon vin : il mûrit avec le temps. Il a fallu près d’une dizaine d’années pour que naisse, et se développe pas à pas, le projet de la résidence « Aux 4 vents », à la Cartoucherie. C’est dans ce quartier de l’ouest toulousain, entre les Arènes et Purpan, où sont attendus 3000 logements et près de 10 000 habitants dans les prochaines années, qu’a été inauguré le projet d’habitat participatif le plus important de France, mercredi 20 juin 2018, en présence du maire Jean-Luc Moudenc.

De 6 mois à 95 ans !

Avec 89 logements (du T2 au T5) et 152 habitants, le projet est porté conjointement par les associations Abricoop et Aux 4 Vents Toulouse, la mairie de Toulouse et le Groupe des Chalets, qui a réalisé trois des quatre immeubles de ce programme innovant. Francis Blot fait partie des pionniers du projet des « 4 Vents ». Il raconte son évolution :

La réflexion a connu une accélération en 2013, période où l’on a commencé à concevoir des espaces collectifs, à définir le type de logement. Puis nous nous sommes constitués en association. Sur les 152 habitants, on a 18 nationalités, et des personnes âgées de 6 mois à 95 ans ! ».

Salle collective, buanderie, ateliers…

Ici, pas de grande maison où l’on partage les pièces. Chaque foyer a son propre logement, mais des parties communes ont été aménagées pour faire vivre la communauté. Salle polyvalente, salle collective de jeux et de détente utilisée selon un planning précis (le programme des matchs de la Coupe du monde et les pronostics des habitants sont affichés en bonne place !), buanderie, salle d’ateliers créatifs et de bricolage (où les photos des habitants s’exposent sur les vitrines), un jardin en îlot, une salle de musique, une cuisine…

Les habitants sont reliés par un fil d’Ariane qui a tendance à se perdre dans des résidences plus classiques : la solidarité.

Francis Blot explique les différences majeures entre un projet d’habitat participatif comme celui-ci et la vie d’une résidence lambda :

Je vois deux différences majeures, et deux atouts, dans l’habitat participatif. D’abord, on se connaît tous et une réelle solidarité existe entre nous. Les habitants mettent leurs forces et leurs compétences en commun. Par exemple, une prof de yoga donne des cours tous les mardis soirs, et une personne spécialiste des arts martiaux, idem. Une dame a même installé son trampoline au milieu du jardin partagé, où les enfants se donnent rendez-vous ».

 >> Francis Blot, l’un des piliers du projet toulousain, nous parle de ce projet de la Cartoucherie <<

La singularité d’Abricoop

Dans le projet de la résidence aux 4 Vents, l’association Abricoop (ex-La Jeune Pousse) porte une voix un peu singulière. Stéphane occupe l’un des 17 logements de l’immeuble, qui a la particularité architecturale d’être fabriquée en bois, et de consommer 20% d’énergie en moins. Il est tombé sous le charme du projet. « Cela crée du lien social. Les personnes sont sensibles au vivre-ensemble et à l’écologie ».

Stéphane, l'un des habitants de la résidence des 4 Vents, à la Cartoucherie.
Stéphane, l’un des habitants des 4 Vents, dans la salle collective de la résidence. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

Non-spéculation sur les parts sociales, trois chambres d’amis en commun et solidarité financière sont la valeur ajoutée d’Abricoop. Sur ce dernier point, avec 12 logements sociaux sur les 17, le montant du loyer est fixé en proportion du quotient familial de chaque foyer pour l’équilibre général. Ainsi, pas d’exclusion : les personnes pauvres ou à haut revenu sont acceptées.

                        >> Thomas, habitant de l’immeuble d’Abricoop, nous parle de la singularité de l’immeuble dans le projet <<

L’esprit de l’habitat participatif a du succès, le turn-over est faible. Pour intégrer Abricoop, il existe même une liste d’attente.

Nouveau programme d’accession à la propriété

Mais avant de s’engager dans ce projet, la notion de propriétaire peut virer au mirage. Si 44 logements ont été créés pour de location-accession, et 5 en Vefa (Vente en état futur d’achèvement, soit l’achat du neuf sur plan), 23 d’entre eux ont été réservés pour un fonctionnement un peu nouveau : la Société civile immobilière d’accession progressive à la propriété (SCIAPP).

Explications avec Jean-Paul Coltat, le directeur général du Groupe des Chalets, qui gère deux autres projets d’habitat participatif dans la région toulousaine (Maragon-Floralies à Ramonville et Vidailhan à Balma-Gramont) :

Ce montage permet à des personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire d’entrer dans un processus d’accession progressive à la propriété. La personne acquiert progressivement, sur 40 ans, des parts sociales de la SCI propriétaire de l’immeuble. Les accédants sont ainsi membres associés de la SCI, et accédants progressifs. Et ces parts sont cessibles à tout moment et transmissibles en succession ».

L'association Abricoop gère un immeuble de 17 logements, avec 20% de baisse sur la consommation électrique.
L’association Abricoop gère un immeuble de 17 logements, avec 20% de baisse sur la consommation électrique. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

Un projet trop gros ?

Mais avec plus de 150 personnes, la notion d’habitat participatif, qui s’est construite ces dernières années à Toulouse sur une multiplication de projets plus modestes, à taille humaine, n’est-elle pas dénaturée ? « Avec 89 logements, le consensus ne se construit pas facilement. Des gens peuvent être impatients, c’est vrai. Mais c’est une belle aventure qui se construit sans cesse. On verra », répond Francis Blot.

Bel exemple d’intégration

La résidence des 4 Vents pourrait également servir d’expérimentation sociétale. Enrique est le papa de Jérémy, une personne trisomique de 35 ans, qui travaille à la mairie de Toulouse. Il a trouvé dans le projet de la Cartoucherie un moyen d’intégration presque inespéré pour son fils. « J’ai participé au début du projet. En choisissant l’architecte et en adaptant le logement, on a pu faire une salle de bain adaptée et un logement où mon fils a choisi la couleur, la déco », explique Enrique.

Intégration et d’autonomie comme effets insoupçonnés de l’habitat participatif ? C’est oui, pour Enrique. « Ce type de logement, concerté au départ, est l’avenir pour les personnes porteuses de handicap », conclut, ému, le père de famille.

La Dépêche : Ils habitent l’immeuble qu’ils ont conçu ensemble

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Les habitants de l'îlot d'habitat participatif «Aux Quatre Vents», à la Cartoucherie, ont commencé à emménager en janvier 2018. Au sein de l'îlot, la coopérative d'habitants Abricoop, créée il y a plus de 10 ans, a entièrement conçu son immeuble de 17 logements. Ils partagent cuisine, chambres d'amis, salle de musique ou encore de bricolage./ DDM, Didier Pouydebat
Les habitants de l’îlot d’habitat participatif «Aux Quatre Vents», à la Cartoucherie, ont commencé à emménager en janvier 2018. Au sein de l’îlot, la coopérative d’habitants Abricoop, créée il y a plus de 10 ans, a entièrement conçu son immeuble de 17 logements. Ils partagent cuisine, chambres d’amis, salle de musique ou encore de bricolage./ DDM, Didier Pouydebat

Les habitants du plus grand projet d’habitat participatif de France, à la Cartoucherie à Toulouse, ont emménagé. Ils ont chacun leur appartement, et partagent de multiples espaces communs. Visite guidée.

«Aujourd’hui, c’est une vie rêvée, explique Ludovic, trois enfants, qui a quitté sa maison de Cugnaux pour un T6 duplex. J’en avais marre de la voiture. Maintenant je mets 10 minutes pour aller au travail à vélo. J’aide mes voisins les plus âgés pour les courses, et eux peuvent me garder les enfants. On partage les outils, les chambres d’amis, et puis il y a cette grande pièce à vivre de 55 m2 au rez-de-chaussée». Tireuse à bière allumée, frigo branché, chacun a apporté chaises, tables, canapés venus de leur ancien «chez soi» pour meubler la pièce. Un planning est affiché pour les fêtes d’anniversaire et autres repas de famille.

Devenus des amis au fil des années de maturation du projet, les «Abricopains» inventent un nouveau mode de vie urbain. Sur le toit terrasse, ils ont fait installer une cuisine d’été, et vont installer une pergola, et peut-être accueillir des ruches pour faire leur propre miel. Avec les 72 autres appartements de l’îlot, ils vont partager l’entretien du jardin central. De vastes parkings à vélo, couverts, sont en cours d’aménagement. «On se prête aussi les voitures. On n’a que 9 places de voiture pour 17 appartements. On utilise déjà beaucoup Citiz, le service d’autopartage toulousain», explique Thomas. Pour Jean, le doyen de l’immeuble ou Michèle, qui a quitté sa maison de Pinsaguel, Abricoop est un moyen de vivre «en famille», d’être constamment stimulés et de ne pas rester «dans son coin». Onze des «Abricopains» sont des personnes seules, mais dans la coopérative, elles ne le sont plus vraiment.

Abricoop, c’est un groupe d’habitants ayant décidé de mutualiser leurs ressources pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement. Tous ont choisi l’architecte, travaillé à l’aménagement des lieux, et investi chacun de l’argent pour la construction de l’immeuble. Ils sont locataires de leur appartement (du T2 au T6, loyers de 1 100 € maximum), et propriétaires collectivement de l’immeuble. Un nouveau départ..


Le chiffre : 89

logements > Habitat participatif. La résidence «Aux Quatre Vents», quatre immeubles de l’écoquartier de la Cartoucherie, comprend 89 appartements d’habitat participatif. La coopérative d’habitants Abricoop occupe 17 logements dans un des immeubles.


Portes ouvertes le 26 mai

À l’occasion des Journées européennes de l’habitat participatif, la résidence «Aux Quatre Vents» ouvre ses portes au grand public dans l’écoquartier La Cartoucherie, au 3 rue du docteur Suzanne Noël à Toulouse, à partir de 11 heures. Ce sera l’occasion de visiter des logements et l’ensemble des pièces communes que partagent les quelque 250 habitants de l’ensemble : salles polyvalentes avec cuisines ouvertes, salle de bricolage, buanderies, chambres d’amis, jardin au milieu de l’îlot, jardins sur le toit avec pergola, barbecue et cuisine, etc. À Ramonville, l’Ouvert du canal, projet de 8 logements habité depuis 2013, vous accueillera le 5 mai de 11 heures à 14 heures, au 16 bis chemin de Mange Pommes.


Questions à Leslie Gonçalves, architecte de l’immeuble Abricoop, Seuil Architecture

«Un projet exemplaire»

Quelle a été pour vous la particularité de ce projet ?

Il a été très enrichissant. Il nous a appris à travailler différemment, en liaison directe avec les habitants. Tout a été décidé avec eux, c’est très agréable. Pour les ouvriers aussi : ce n’est pas l’appartement 12, mais l’appartement de Michèle ou Guillaume. Chaque appartement est différent, dessiné en fonction des besoins des habitants : un canapé d’angle, une plante imposante, etc.

Un moment vous a marqué ?

Une réunion marquante a été celle des choix d’économies à faire sur le projet, pour rentrer dans le budget travaux de 1 450 000 € HT. À cette occasion, 3 tables rondes avaient été simultanément tenues, chacune pilotée par un membre de la maîtrise d’œuvre et un habitant. Le reste des habitants passait de table en table pour débattre des pistes d’économies.

Quelles sont les qualités de l’immeuble que vous avez dessiné ?

L’immeuble sera à la norme RT 2012 «-20 %», étanche à l’air et à l’isolation phonique parfaite. Les habitants ont collaboré à tout : l’esquisse, le permis de construire, le choix des matériaux. C’est un engagement exemplaire.